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17 janvier 2022 04:46
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Fitzgibbon a envisagé de ne pas revenir après son exclusion

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Grands remords et autoflagellation, très peu pour Pierre Fitzgibbon. Au terme d’une année mouvementée où il a été exclu du Conseil des ministres puis réintégré, le principal concerné défend une nouvelle fois son intégrité et sa différence, lors d’un entretien avec Le journal accordé il y a quelques jours.

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« Oui, je suis spécial, je suis différent de tout le monde. Mais cela ne fait pas de moi une bonne ou une mauvaise personne », admet le ministre de l’Économie, qui a parfois embarrassé le gouvernement caquiste.

« S’il n’y avait que Pierre Fitzgibbon, je ne pense pas que cela fonctionnerait. La force d’un gouvernement, c’est d’avoir de la complémentarité », plaide-t-il.

Il faut dire que 2021 a été tout sauf un long fleuve tranquille pour lui. Blâme à plusieurs reprises par le commissaire à l’éthique qui lui a demandé de se départir de ses participations dans Immervision et White Star Capital, deux sociétés qui font affaire avec l’État, il a dû quitter son poste de ministre en juin dernier. Puis, il a été réintégré quelques mois plus tard, après avoir vendu ses parts.

« Il n’y a personne, il n’y a pas un journaliste qui pourra me le dire dans les yeux, vous avez manqué d’éthique, ce n’est pas vrai », clame M. Fitzgibbon qui assure n’avoir jamais été en situation de conflit d’intérêts, ni dans ce dossier, ni dans celui du Programme PACTE.

Durant ce purgatoire de trois mois, celui qui s’est forgé une réputation de franc-tireur du gouvernement avoue pourtant avoir pensé plusieurs fois à quitter la politique, devenue pour lui un terrain miné.

Reste pour finir le travail

« J’ai failli ne pas revenir parce qu’honnêtement je trouve ça ridicule. Mais en même temps, il y avait une question de perception. Je me suis dit : « Si les gens ont des problèmes avec ça, je suis de bonne foi, l’éthique est une de mes qualités. J’ai tout rationalisé », dit-il.

Mais il avoue être resté pour continuer son travail (à moitié achevé selon lui) et affirme avoir eu le soutien de François Legault, qu’il connaît depuis 1978, année de leur promotion à HEC.

« Si le Premier ministre m’avait dit, M. Fitzgibbon, merci, bon travail, on passe à autre chose, je serais rentré chez moi. Je ne suis pas accro à ce travail, même s’il me motive beaucoup », confie-t-il.

Il continue de penser que l’application du code d’éthique devra être revue. Par exemple, il croit qu’un ministre pourrait conserver des participations dans une entreprise, mais que si l’entreprise fait affaire avec le gouvernement, le dossier pourrait être traité par le ministre des Finances ou le Conseil du Trésor.

« Le ministre ne doit pas détenir d’actif et être en situation de conflit, ça j’accepte. […] Mais l’application du code est dépassée. J’étais au conseil d’administration de la Caisse de dépôt et placement […] et son code de déontologie est bien plus robuste et intelligent que celui du gouvernement », nous assure-t-il.

Plusieurs mois plus tard, il continue de s’interroger sur la place des hommes d’affaires au gouvernement. « Aurons-nous un meilleur environnement économique si le ministre ne connaissait personne du secteur économique ? » Il se demande.

Plus rigoureux qu’en entreprise

Si ses opposants l’accusent de faire aussi bien de la politique que des affaires, ces derniers le dément vigoureusement.

« Vous n’avez pas besoin d’être aussi rapide que dans une entreprise, car l’impact est bien plus important. […] Quand on prend une décision, en tant que ministre, ça touche toute la population, je pense qu’il faut un encadrement très rigoureux. J’ai modéré mon anxiété », dit-il.

Malgré les hauts et les bas, le ministre continue d’être motivé par son travail et se voit comme « le chef du développement économique du Québec ». « Je ne sais pas si je suis bon dans ce domaine, c’est un travail qui me passionne beaucoup », dit-il.

Le ministre avoue également apprécier son travail de député dans sa circonscription de Terrebonne. « Cela nous ramène à la réalité. Je pense que j’aime beaucoup les gens.  »

Mais la partie la plus difficile pour l’ex-homme d’affaires reste le jeu politique et le travail parlementaire.

« Je préfère être dans mon cabinet de ministre, travailler avec des entreprises. Même si je n’aime pas m’asseoir dans la salle bleue, je pense que c’est un travail qui est important pour le Québec », dit-il.

Il montre la même ambivalence envers les journalistes avec lesquels les relations restent tendues, mais moins qu’à ses débuts en politique.

« Je m’amuse un peu avec les médias. Les journalistes sont comme les politiciens, il y en a de bons et il y en a de mauvais. […]Les médias, j’ai eu un peu de mal au début, et j’étais dans l’erreur, car tu as un rôle important à jouer », lâche-t-il, sans filtre.

UNE NOTATION PARFAITE POUR LE PROGRAMME PACTE MALGRÉ LES CRITIQUES ET L’AFFAIRE LMPG

Critiqué à propos du programme PACTE, le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, persiste et signe.

« Tous les prêts qui ont été consentis, je les referais aujourd’hui sans aucune exception », a-t-il déclaré dans une interview.

Au cours des dernières semaines, la vérificatrice générale, Guylaine Leclerc, révélait que grâce à son pouvoir discrétionnaire, M. Fitzgibbon avait autorisé 68 millions de dollars de prêts à 10 entreprises qui ne répondaient pas à tous les critères d’éligibilité du PACTE, un programme mis de l’avant pour aider les entreprises à court d’argent en raison de la pandémie.

Mais selon la ministre, la vérificatrice générale « n’a pas remis en cause les prêts », elle a dit que la documentation « faissait un peu défaut ».

« Et ce que nous avons dit au ministère, nous avons dit que nous allions mieux le documenter », a-t-il déclaré.

Selon les déclarations du ministre, dans 28 cas, Investissement Québec a dû monter un dossier et demander son approbation.

« Ils ont déterminé que PACTE postulait, mais ils voulaient quand même valider avec le ministre », explique M. Fitzgibbon.

Mandataire de sa confiance

Parmi toutes les sociétés aidées, un cas a toutefois particulièrement retenu l’attention, celui de LMPG, anciennement Lumenpulse, qui compte parmi ses administrateurs Michel Ringuet, représentant de la confiance aveugle de M. Fitzgibbon, qui siégeait également au conseil d’administration. conseil d’administration de la société.

Cependant, le ministre affirme que l’aide financière de 10,2 millions de dollars accordée à LMPG répondait à tous les critères. Le dossier passait tout de même par son bureau, car tous les prêts supérieurs à 5 millions de dollars devaient être approuvés par lui.

« C’est Investissement Québec qui a pris la décision. […] Dire que le ministre a manipulé des dossiers est un mensonge complet dans les médias.  »

Ces dernières semaines, une aura de mystère a entouré les entreprises qui ont bénéficié du pouvoir discrétionnaire du ministre.

Le ministre soutient que les noms des entreprises sont publics, mais dans une demande d’accès à l’information, le ministère a refusé de fournir la liste complète des entreprises qui ont profité du pouvoir discrétionnaire du ministre. Il est également impossible de se procurer le guide interne et tous les critères.

Récemment, Le Devoir révélait que le dossier de prêt accordé à la compagnie Mayrand/Alimplus dans le cadre du PACTE avait été traité par la présidente du Conseil du Trésor, Sonia LeBel, au lieu de passer par le bureau du ministre de l’Économie. .

L’entreprise a reçu 7 millions de dollars.

Une obsession pour l’éducation

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon l’admet franchement. Le département gouvernemental le plus important est … L’éducation.

« Je suis entré en politique parce que j’appuyais le discours de M. Legault. Je pense que nous devons créer de la richesse collective, compte tenu de notre pauvreté relative. Il faut réinvestir dans les services sociaux et encore plus dans l’éducation. C’était un discours qui m’a vraiment enflammé, alors je suis venu ici pour contribuer à ma manière », a-t-il déclaré dans une interview avec Le journal.

Le ministre qui a œuvré partout dans le monde, particulièrement à Hong Kong et en Afrique, veut augmenter l’éducation des jeunes Québécois et il en est obsédé.

« Je pense que le Québec est sous-éduqué si on le compare à d’autres États comme la Corée du Sud, Singapour, les États-Unis ou Israël. L’éducation a beaucoup augmenté au Québec, mais je pense qu’on a encore beaucoup à faire », note-t-il.

Passez à l’étape suivante

Celui qui se fait appeler à la fois Robert Bourassa et René Lévesque, qui a voté oui en 1980 et non en 1995, dit avoir le cœur à gauche et le discours économique plus à droite, mais il plaide pour une intervention ciblée dans l’économie.

« Je suis de cette génération qui a bénéficié de la Révolution tranquille. Notre travail est de prendre cela, de le faire passer à d’autres étapes. Je pense que le Québec a un avantage comparatif par rapport aux autres juridictions. Mais il faut se concentrer sur les bons secteurs, on ne peut pas être bon en tout », note-t-il.

«Quand on regarde l’avantage du Québec en termes d’énergie, en termes de ce qu’on peut faire pour aider à verdir le monde, je pense que beaucoup de gens disent ‘Wow’ quand ils regardent le Québec», poursuit le ministre.

Miser sur nos atouts

Le Québec doit donc miser sur ses atouts pour devenir « champion du monde » comme l’aluminium vert, l’aéronautique ou l’industrie des batteries.

« Tout le monde se bat pour obtenir des investissements dans ce secteur. Si on prend l’approche au Québec de dire : « Nous sommes belles, fines, intelligentes et sympathiques, nous parlons deux langues, les gens viendront », cela n’arrivera pas ! Les gouvernements doivent proposer des programmes », note-t-il.

L’important pour lui est de mettre en place les conditions favorables à la conversion des ressources.

« Quelque chose qui a été critiqué à juste titre dans les gouvernements précédents : pourquoi nos ressources naturelles, pourquoi ne les convertissons-nous pas ? Je pense que dans le cas du lithium, du nickel et du graphite, on a une chance de les amener au bout de la chaîne », estime-t-il.

L’électricité comme levier

M. Fitzgibbon croit également que le Québec devra continuer à exporter son hydroélectricité, mais aussi la conserver afin de développer l’hydrogène.

« On va décarboner l’acier, les transports, on va faire de l’aluminium vert. Gardons notre richesse qu’est l’hydroélectricité, nos minéraux critiques, gardons ça ici, convertissons-nous ici », plaide le ministre de l’Économie.

Pour soutenir son intervention économique, cette dernière s’appuiera sur la Stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation (SQRI) et sur son phare Investissement Québec, qui dispose de plus de pouvoirs.

« Oui, il va avoir plus d’interventions de QI, je pense que c’est nécessaire.  »

Ralentis par la pandémie

M. Fitzgibbon aurait pourtant aimé être plus avancé dans son programme d’implantation, mais le contexte sanitaire a freiné son enthousiasme.

« Nous étions dans une pandémie la moitié du temps. Bien sûr, c’est un peu frustrant. Il y a des choses que j’aurais aimé voir s’accélérer en termes de mise en œuvre », estime-t-il.

« Je suis à l’aise avec ce que nous avons commencé à faire […] quand j’aurai terminé mon mandat, mon travail, j’aurai contribué à ma façon. Mais aurais-je aimé que nous soyons en avance ? La réponse est oui. Je ne suis pas satisfait où nous en sommes, mais je pense qu’il y a des circonstances », conclut-il.

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Source : www.journaldemontreal.com

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