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23 janvier 2022 13:33
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Monsieur Legault, nous méritons la vérité

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Depuis près de deux ans, le peuple québécois fait preuve d’une grande solidarité. Nous avons collectivement fait un effort colossal malgré la peur, la déception, la colère et la frustration.

Comme la grande majorité d’entre nous, je me suis accroché, acceptant de respecter les règles édictées par notre gouvernement. Que je sois d’accord ou non avec la stratégie déployée, j’ai reconnu mes limites et me suis soumis aux directives de la santé publique.

N’étant ni médecin ni chercheur en épidémiologie, je me suis limité, sinon confiné, à jouer les régisseurs avec des collègues ou des amis. Le COVID et ses multiples variantes ont obligé nos spécialistes à travailler rapidement, souvent avec succès et au profit du plus grand nombre. Ils le font encore.

En tant que citoyen, j’étais solidaire de nos dirigeants politiques. Le Premier ministre et son équipe ont su gagner mon respect, parfois forcer mon admiration. Ils n’étaient pas parfaits, mais qui peut l’être dans de telles circonstances. Il faut beaucoup d’énergie, de patience, de courage et de détermination pour trouver en soi la force de revenir rencontrer des journalistes tous les jours et de répondre à leurs questions. Se lever chaque matin pour relever le défi de lutter pour le bien-être collectif est admirable.

Jusqu’à jeudi, François Legault, les deux directeurs de santé publique ainsi que les deux ministres de la Santé ont su retenir ma sympathie. Limité dans mes connaissances et mon expertise, j’ai pesé le pour et le contre de mesures comme le couvre-feu, mais d’un point de vue théorique.

Lors de la conférence de presse de jeudi, l’empathie et la sympathie ont été mises à l’épreuve. Pour une fois, l’équipe assise devant les journalistes s’est aventurée sur un terrain que je connais bien. Si je me suis abstenu de jugements sévères jusque-là, j’avais cette fois les compétences et l’expérience nécessaires pour m’exprimer.

Pour la première fois hier, j’ai pu confirmer que les faits étaient déformés ou qu’on présentait une situation qui ne correspondait pas à la réalité. Si ce n’était du respect que j’ai encore pour la contribution du premier ministre Legault, je dirais qu’il a menti.

Avant de m’étendre un peu sur le contexte de la rentrée scolaire, j’aimerais d’abord faire un petit détour par la stratégie du gouvernement. M. Legault a projeté jeudi l’image d’un homme confiant et de très bonne humeur. « Bonne nouvelle » a-t-il lancé en soulignant que nous avions peut-être atteint le pic de la vague. Au moins, ce serait fait ces jours-ci ou très bientôt.

M. Legault est un leader et il l’a démontré à maintes reprises au cours des deux dernières années. J’ai compris la nécessité de revigorer le moral de ses concitoyens et de donner de l’espoir. Qui voudrait suivre un leader découragé ou résigné ? Cet état d’esprit m’a également paru annonciateur d’un nouveau regard sur la crise. Comme on nous l’a dit je ne sais combien de fois, Omicron est un animal différent qui doit être géré différemment.

Plus virulente, mais moins sévère dans ses symptômes, la variante la plus récente ouvre la porte à de possibles multiplications. On a un instant oublié les hospitalisations, les urgences surpeuplées ou les soins intensifs presque à la limite de leur capacité. On ne parle plus du nombre d’infections par jour. Non pas parce qu’on ne peut plus les compter correctement, il y en a tellement, mais parce qu’on en a moins marre d’Omicron que de Delta.

Déjà à ce stade de la conférence de presse, je me sentais en décalage avec notre premier ministre. À mes yeux, proportionnellement, davantage de cas d’une variante moins dangereuse peuvent encore imposer un fardeau supplémentaire à un système qui craque de partout, malgré les efforts héroïques de tout le personnel hospitalier. Les réjouissances me semblaient pour le moins prématurées. Mais je m’égare…

Ce n’est pas la seule évocation de la « bonne nouvelle » qui m’a fait chatouiller. Malgré mon incompréhension ou mon incapacité à appréhender la situation autrement que selon les paradigmes utilisés jusqu’à présent, c’est plutôt sur le thème de la rentrée que je me suis senti floué.

Le Premier Ministre, le Ministre de la Santé et le nouveau Directeur National de la Santé Publique ont soutenu le retour en classe des élèves et élèves, du primaire au collège. Là aussi je me suis dit qu’avec l’état du système de santé, il faudrait peut-être retarder la rentrée des cours voire recourir à l’enseignement virtuel de quelques semaines. Mais qui suis-je pour remettre en question l’analyse du Dr Boileau, dont l’expertise et l’expérience garantissent une compétence indéniable ?

En tant que parent et éducateur, les arguments en faveur d’un retour en classe me sont connus et je souscris à l’avis des experts qui évoquent les problèmes de santé mentale, de socialisation ou encore les effets sur la réussite, les troubles d’apprentissage et le décrochage. Ici, le premier ministre prêchait à un converti.

J’ai donc ramassé ailleurs. Lorsque? D’abord en pensant qu’on avait fait le virage vers l’immunité collective sans appeler les choses par leur nom. C’est déjà gros. Par ailleurs, le ministre Roberge et le premier ministre ont bien pesé leurs mots en affirmant que tout était en place pour permettre au personnel scolaire de préparer une rentrée « sécuritaire ».

Je ne peux pas évaluer le pourcentage de mes concitoyens qui pensaient que nous avions tous les moyens, les meilleurs moyens, pour limiter la propagation du virus et les éventuels dérapages, mais j’ai perdu le compte des réactions fortes et colériques de nombreux collègues et amis . qui enseignent au primaire, au secondaire ou au collégial. Beaucoup ont cessé de croire.

La liste des problèmes que vous connaissez probablement déjà. Nous ne les avons pas résolus depuis deux ans, ou nous ne l’avons fait que partiellement. Je m’apprête à commencer ma séance en salle fermée, avec une quarantaine d’étudiants assis coude à coude. La durée moyenne de nos cours est de trois heures…

Si le personnel enseignant et les élèves sont presque tous vaccinés deux fois, il est illusoire de penser qu’un pourcentage suffisant de tout ce beau monde aura bénéficié de sa troisième injection pour la rentrée. Si les informations partagées avec nous sont correctes, une double dose offre très peu de protection contre Omicron.

Malgré ce contexte précaire, pas question de baisser les bras ou de rompre la solidarité. Comme je le fais depuis de nombreuses années déjà, je serai au poste, à l’écoute des besoins de mes élèves et enthousiaste à l’idée de partager des connaissances et des compétences.

D’autres que moi sacrifient beaucoup plus et pour longtemps. Mes pensées vont au personnel de nos hôpitaux ou à ceux qui viennent en aide dans nos épiceries ou nos services essentiels. Comme tous, je veux apporter ma contribution.

Si j’avais une demande à adresser à M. Legault, dont je salue la résilience, ce serait d’arrêter de déformer les faits et de mettre toutes les informations sur la table. À mon avis, on insiste trop sur les 10 % de personnes non vaccinées, et ce, au détriment de l’admirable solidarité des Québécois.

Monsieur le Premier ministre, si nous avons fait le virage vers la recherche de l’immunité collective, je vous suivrai. Si vos experts pensent qu’il est préférable d’être en classe et que nous avons atteint le point de rupture pour nos jeunes, je vais retrousser mes manches et me mettre au travail. Je le ferai à une condition : la vérité. Les enseignants n’ont pas tous les moyens, encore moins les meilleurs.

Vous voulez des citoyens déterminés et solidaires dans cette guerre que nous menons contre un ennemi sournois et tenace ? Assurez-vous de ne pas ébranler leur confiance comme vous l’avez fait pour moi. Il y a longtemps que nous avons gagné le droit de savoir. Les cyniques prétendent parfois qu’on perd les élections en regardant les gens dans les yeux et en leur disant la vérité. J’offre très peu si c’est ce qui est en jeu, mais vous mériteriez mon respect et, très probablement, mon vote.

Source : www.journaldemontreal.com

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